Toxicité des champignons

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La science qui étudie la toxicologie des champignons est la mycotoxicologie. C’est l’étude des intoxications causées par des champignons “supérieurs” ingérés. Il existe une centaine d’espèces de champignons toxiques dont environ 20 sont mortels. Les différents types d’intoxications provoqués par des champignons sont appelés des syndromes. On distingue en tout 12 syndromes. Ces douzes syndromes peuvent être divisés en 2 classes: les syndromes à latence longue (latence de plus de 6 heures) et les syndromes à latence courte (latence de moins de 6 heures). Le temps de latence est le temps qui sépare l’ingestion du champignon et les premiers symptomes.

Les syndromes à latence longue (temps de latence > 6 heures)

Syndrome phalloïdien

Amanita phalloides.jpg

C’est le syndrome responsable de plus de 90% des intoxications mortelles. Il se déroule en 4 phases:

- phase de latence: 10-35 heures

- phase d’attaque digestive: les premiers symptômes provoquent des nausées, des vomissements violents, des diarrhées, des douleurs abdominales. Le danger de cette première phase est la déshydratation et l’hypovolémie (le manque de sang) voire même une insuffisance rénale

- phase de rémission: les symptômes précédents régressent entre la 36ème et la 48ème heure

- phase d’atteinte hépatique: il s’agit d’une atteinte grave du foie (hépatite). Cette phase aboutit soit à la mort à partir du 6ème jour, soit à une guérison après 4 à 8 semaines

Les espèces produisant ce syndromes sont: Amanita phalloides (Amanite phalloïde), Amanita verna (Amanite printanière), Amanita virosa (Amanite vireuse), les petites lépiotes (Lepiota helveola, Lepiota brunneoincarnata, Lepiota subincarnata, …) et Galerina marginata (Galère marginée).

Les substances toxiques de ces champignons sont des polypeptides:

- des phallotoxines (heptapeptides cycliques). Il y a par exemple la phalloïdine qui est active dans la phase d’attaque digestive. Elle augmente aussi la perméabilité des membranes des cellules du foie et provoque la mort cellulaire (phase d’atteinte hépatique)

- des amatoxines (octapeptides cycliques). Il y a par exemple l’amanitine-alpha qui inhibe la synthèse protéique et provoque également la mort des cellules du foie.

Syndrome orellanien

Cortinarius orellanus.jpg

C’est le syndrome qui a le plus long temps de latence (10h à 14 jours !). Comme le syndrome phalloïdien, il se déroule également en 4 phases:

- phase de latence: 10h à 14 jours

- phase d’attaque digestive: elle provoque une sécheresse de la bouche, des nausées, des vomissements et des diarrhées aiguës

- phase de rémission

- phase d’atteinte rénale: provoque la destruction des reins et la mort peut intervenir après 2 à 6 mois

Les espèces qui produisent ce syndrome sont: Cortinarius orellanus (Cortinaire couleur de Rocou), Cortinarius speciosissimus, Cortinarius orellanoides et Cortinarius splendens (Cortinaire splendide). Cortinarius orellanus a provoqué beaucoup d’intoxications en Pologne.

Les substances toxiques de ces champignons sont:

- l’orellanine (polypeptide cyclique): cette molécule se transforme en radical libre et provoque des inhibitions rénales

- les cortinarines a et b provoquent des problèmes rénaux à long terme

Il est déconseillé de manger des cortinaires car ils contiennent des cortinarines qui provoquent des problèmes rénaux à long terme.

Syndrome proximien

C’est un syndrome proche du syndrome orellanien mais avec un temps de latence plus court. Il n’y a pas de diahrées provoquées lors des premiers symptomes. L’espèce qui produit ce symptome est Amanita proxima.

Syndrome gyromitrien

Ce syndrome est comme les trois premiers potentiellement mortel. Il se déroule en 3 phases:

- phase de latence: 5-48 heures

- phase d’attaque digestive: celle-ci provoque des nausées, des vomissements et une forte fièvre (c’est le seul syndrome qui provoque de la fièvre !)

- phase d’atteinte hépatique: la destruction du foie se produit en quelques heures

- Les espèces qui produisent ce syndrome sont Gyromitra gigas et Gyromitra esculenta (Gyromitre dit comestible).

La substance toxique de ces champignons est la gyromitrine. Cette substance s’hydrolyse dans l’estomac et forme la méthyl-hydrazine.

Acrosyndrome (Erythermalgie)

Ce syndrome se produit ainsi:

- phase de latence: environ 3 jours

- phase erythermalgique: après la phase de latence, une erythermalgie apparaît. Il s’agit des rougissements et d’élévation de températures des extrémités (doigts, orteils et pénis). Cela provoque des douleurs aiguës et des sensations de brûlures intolérables (généralement non mortelles). Les troubles régressent après plusieurs mois (3-6 mois)

Le champignon qui provoque ce syndrome est Clitocybe amoenolens.

Les syndromes à latence courte (temps de latence < 6 heures)

Syndrome gastro-intestinal

Ce syndrome provoque essentiellement des nausées, des vomissements, des douleurs gastriques et des diarrhées. Ce syndrome peut être provoqué par une multitude d’espèces de champignons et par diverses causes:

- les champignons comestibles mangés en trop grandes quantité peuvent provoquer ce syndrome car les champignons contiennent des molécules peu digestes (chitine) et/ou uniques aux champignons (tréhalose, mannitol)

- les personnes ayant un déficit en tréhalase (enzyme qui dégrade le tréhalose) peuvent avoir des diarrhées

- certaines espèces, dans certains cas, peuvent être toxiques: Armillaria sp., Lepista sp., Agaricus xanthoderma (Agaric jaunissant)

Syndrome muscarinien (= sudorien)

Ce syndrome est généralement non mortel. Il se déroule en deux phases:

- phase de latence: 3-4 heures

- phase 2: ce syndrome provoque une bradycardie (baisse de la fréquence cardiaque), une hypotension, un rétrécissement de la pupille, des hypersécrétions généralisées (salive, transpiration, …) et des diarrhées.

Les espèces qui produisent ce syndrome sont: Inocybe geophylla (Inocybe à lames terreuses), Inocybe patouillardii (Inocybe de Patouillard), les petits clitocybe blancs (Clitocybe cerussata, C. rivulosa, C. dealbata, …), Omphalotus illudens, Mycena pura (Mycène pur) et Mycena rosea (Mycène rosé, provoque aussi des hallucinations). Amanita muscaria ne provoque pas ce syndrome car elle contient peu de muscarine. Celle-ci provoque le syndrome panthérinien.

La substance toxique est la muscarine. Le traitement se fait par une injection de sulfate d’atropine.

Syndrome panthérinien (= muscarien)

Amanita muscaria.jpg

Ce syndrome provoque une intoxication généralement non mortelle mais très dangereuse pour les enfants, personnes âgées et les personnes avec des problèmes cardiovasculaires. Ce syndrome se déroule en deux phases:

- phase de latence: 1-4 heures

- phase 2: provoque une tachycardie (augmentation de la fréquence cardiaque), une hypertension, une dilatation de la pupille, des hallucinations, des convulsions et une sécheresse des muqueuses

Les espèces qui produisent ce syndrome sont Amanita pantherina (Amanite panthère), Amanita muscaria (Amanite tue-mouches) et Amanita gemmata (Amanite jonquille).

La substance toxique est le muscimol et le traitement se fait avec un lavage gastrique et des sédatifs.

Syndrome coprinien

Ce syndrome provoque une intoxication généralement non mortelle mais dangereuse pour les personnes ayant des problèmes cardiovasculaires.

phase de latence: environ 30 minutes phase 2: ce champignon provoque l’effet antabuse avec la consommation d’alcool (bourdonnement des oreilles, état d’anxiété et agitation, rougissement du visage, tachycardie et des diarrhées) L’espèce qui produit ce syndrome est Coprinus atramentarius (Coprin noir d’encre).

La substance toxique est la coprine. C’est un dipeptide qui empêche l’oxydation de l’alcool en bloquant l’acétaldéhyde déshydrogénase. Cela provoque l’accumulation d’aldéhyde, un composé toxique. Le traitement consiste à ne pas boire d’alcool pendant une longue période.

Syndrome narcotinien (= psylocibien)

Ce syndrome provoque une intoxication de type hallucinogène.

- phase de latence: environ 30 minutes

- phase 2: ce syndrome provoque une atteinte du système nerveux central avec des hallucinations. Les effets sont variables selon le contexte. Les effets sont une euphorie et des sensations visuelles, auditives et tactiles et différents autres troubles. Ces effets peuvent être accompagnés d’angoisse, de panique et de confusion et provoquer des nausées, des vomissements, des vertiges, … Des effets psychiatriques graves peuvent aussi se déclarer.

Les espèces qui produisent ce syndrome sont: Psilocybe semilanceata et d’autres champignons des genres Psilocybe, Panaeolus, Pholiotina et Stropharia. La législation interdit la récolte, la détention et le transport de ces champignons.

La substance toxique est la psilocybine (substance voisine du LSD). Cette molécule se fixe sur les récepteurs de la sérotonine et donc inhibe certaines parties du cerveau.

Syndrome hémolytique

Morchella esculenta.jpg

Ce syndrome concerne des espèces comestibles qui doivent être bien apprêtées.

Ce syndrome provoque une hémolyse (destruction des globules rouges).

Les espèces qui produisent ce syndrome sont: Amanita vaginata (Amanite vaginée), Amanita rubescens (Amanite rougissante), Morchella sp. (les morilles), Pleurotus sp. (les pleurotes), et Peziza sp. (les pézizes). On peut manger ces champignons mais uniquement s’ils sont bien cuit.

La substance toxique est l’hémolysine mais celle-ci est thermolabile